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C'est l'histoire d'un reportage on ne peut plus classique, un "marronnier", comme on dit dans le langage journalistique, sur la rentrée parlementaire, réalisé par une télévision locale lyonnaise, Télé Lyon Métropole (TLM). Passé inaperçu le jour de sa diffusion, mercredi 27 juin, il a fait, depuis, le tour d'Internet. Vendredi 29 juin, plus de 200 000 internautes avaient cliqué sur le site de Dailymotion pour visualiser la séquence où l'on voit Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l'UMP, traiter Anne-Marie Comparini de "salope".
La scène montre trois élus conversant rue de l'Université, à Paris, près de l'Assemblée nationale. Le député des Bouches-du-Rhône Renaud Muselier présente à Patrick Devedjian le nouveau député de la 1e circonscription du Rhône, Michel Havard, qui a éliminé au premier tour des élections législatives la députée centriste (MoDem) sortante, Anne-Marie Comparini, une fidèle de François Bayrou. "Voici celui qui a battu Anne-Marie Comparini et qui a fait un tabac, un tabac !", s'exclame Renaud Muselier avec l'accent. Patrick Devedjian prononce alors quelques mots inaudibles, masqués par le bruit d'un cyclomoteur, mais conclut tout sourire la discussion d'un "cette salope !".
La chaîne TLM a diffusé son sujet le mercredi soir. Un reportage consacré aux premiers pas de deux députés, Michel Havard (UMP) et Pascale Crozon (PS), où l'on entend bien les propos de Patrick Devedjian, mais sans qu'ils soient relevés ou soulignés par l'auteur du reportage. L'affaire est donc passée totalement inaperçue. C'est seulement le lendemain qu'un journaliste de l'hebdomadaire Tribune de Lyon, Fabrice Arfi, alerté par un confrère de TLM, se fait envoyer le reportage. Flairant le scandale, le journaliste décide à 16 heures de mettre la séquence en ligne sur Dailymotion et sur son site Internet. L'information remonte alors aux états-majors de l'UMP et du MoDem. Michel Mercier, le président centriste, appelle son homologue Dominique Perben pour lui dire qu'il va condamner les propos, demander des excuses et envoyer un communiqué à toutes les rédactions.
Les premières dépêches de l'Agence France Presse (AFP) relatant les propos de Patrick Devedjian tombent vers 20 heures. Pressé de s'expliquer, le secrétaire général de l'UMP déplore, dans un premier temps, "la diffusion d'images volées lors d'une conversation privée". Il téléphone cependant à Anne-Marie Comparini, pour s'excuser. Mais celle-ci, le lendemain, vendredi 29 juin, sur l'antenne d'Europe 1, exige des excuses publiques, au nom du "respect des femmes". "Ces propos, je les trouve choquants, déplorables. Comment peut-on dans notre pays créer la culture du débat si l'on parle ainsi de ceux qui défendent des valeurs différentes ?" En visite à Lyon, quelques heures plus tard, Nicolas Sarkozy déclare brièvement que "ce n'est pas une façon de parler aux femmes ni à qui que ce soit".
Interrogé par Philippe Ridet dans Le Monde, Patrick Devedjian a expliqué que "tout cela s'était passé d'une manière conne", qu'il n'avait pas vu que Michel Havard était accompagné d'un journaliste avec une caméra. "Je ne peux pas dire que ce soit un grand succès de ma part. J'aurais dit la même chose vis-à-vis d'un homme, mais ça n'aurait pas été plus acceptable non plus, j'en conviens", a-t-il déclaré un peu contrit, ajoutant qu'il n'avait jamais eu de "mauvaises relations avec Mme Comparini".
Le rédacteur en chef de TLM, Régis Guillet est formel : "Patrick Devedjian ne pouvait pas ignorer qu'il était filmé. Notre journaliste, équipé d'une grosse caméra à l'épaule, enregistrait l'échange à l'aide d'un micro très voyant, tendu vers les protagonistes." Les deux autres députés ont, eux, immédiatement saisi la portée des propos déplacés de leur collègue. "Tout cela s'est passé en quelques minutes, je sortais du Palais-Bourbon avec le journaliste de TLM qui filmait mes premiers pas. Renaud Muselier m'a fait un signe pour me présenter à Patrick Devedjian. J'ai dit ensuite au journaliste que ce n'était pas un grand moment d'histoire politique. J'ai du respect et de l'estime pour Anne-Marie Comparini, et je ne voulais pas qu'elle soit ainsi insultée." Ségolène Royal, l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle, a appelé vendredi Mme Comparini pour lui faire part de sa "solidarité".