Une vague bleue UMP s'annonce à l'Assemblée nationale après le premier tour des élections législatives, un scénario attendu qui accentue l'affaiblissement de la gauche et relègue le Mouvement démocrate de François Bayrou et le Front national à un score symbolique.
Au vu des projections pour la droite - 383 à 470 sièges -, le président Nicolas Sarkozy devrait disposer le 17 juin de la large majorité qu'il appelait de ses voeux pour mettre en oeuvre son programme de "rupture". Ce serait la première fois depuis 1978 qu'une majorité serait reconduite à l'Assemblée (46,7% pour la droite à l'époque).
Selon les estimations des instituts de sondage, la gauche, avec 36,4% à 38,9%, réalise un meilleur score en voix qu'aux législatives de 2002 (35%), mais la logique du scrutin uninominal à deux tours est sans appel pour le Parti socialiste et ses alliés, crédités de 69 à 185 sièges.
Organisé cinq semaines après le second tour de l'élection présidentielle, le scrutin a été marqué par une désaffection sans précédent de l'électorat depuis 1958 avec une abstention de 37% à 39,5%. Cette faible participation devrait limiter les triangulaires. La participation avait avoisiné les 85% lors de la présidentielle.
La gauche a lancé un appel à la mobilisation pour le 17 juin afin de limiter les dégâts, l'oeil rivé sur la centaine de circonscriptions où l'écart droite-gauche est inférieur sur le papier à cinq points.
Comme la présidentielle l'avait préfiguré, les législatives confirment un retour de la bipolarisation droite-gauche au détriment des formations minoritaires.
CONTRE-PERFORMANCE DU MODEM
Le centre ne peut prétendre au statut de troisième force, écartelé entre le Nouveau Centre des ex-UDF ralliés à Nicolas Sarkozy, qui tirent leur épingle du jeu, et le MoDem de François Bayrou, qui n'a pu capitaliser sur son score du premier tour de la présidentielle (18,6%).
Le Mouvement Démocrate dépasserait de peu les 7% avec des projections de zéro à quatre sièges.
Le scrutin confirme le recul du vote d'extrême droite, désormais majoritairement acquis à l'UMP. Le Front national oscille entre 4,5% et 5%, son plus mauvais score depuis son apparition sur l'échiquier politique dans les années 80.
Onze ministres avaient mis leur destin gouvernemental entre les mains des électeurs.
Le Premier ministre, François Fillon, a été élu dès le premier tour dans la 4e circonscription de la Sarthe avec 53,4% des inscrits (55% en 2002), selon le ministère de l'Intérieur.
Hervé Morin (Eure, 3e), Jean-Louis Borloo (Nord, 21e), Xavier Bertrand (Aisne, 2e), Dominique Bussereau (Charente-Maritime, 4e), Eric Woerth (Oise, 4e), Valérie Pécresse (Yvelines, 2e) sont aussi élus au premier tour.
Le ministre de l'Ecologie Alain Juppé, qui affrontait la partie la plus serrée dans la 2e circonscription de Gironde, est en ballottage favorable avec 43,73%. Christine Boutin, Roselyne Bachelot, Michèle Alliot-Marie sont également en ballottage favorable.
François Fillon, qui avait réuni à Matignon les représentants de la majorité et plusieurs membres du gouvernement, a appelé de ses voeux "une majorité pour agir", se projetant déjà dans l'après-second tour.
LE PEN PLACE SES ESPOIRS EN MARINE
"L'élan est là. Mais il ne peut être concrétisé qu'avec une majorité présidentielle large, cohérente et bien décidée d'aller de l'avant", a souligné le Premier ministre.
Le nouvel exécutif entend faire voter dès le mois de juillet, à la faveur d'une session parlementaire extraordinaire, son premier train de réformes : "paquet" fiscal, autonomie des universités, lois contre la multirécidive et la délinquance des mineurs, service minimum.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a lancé un appel à "tous les républicains" pour faire barrage à une droite "absolue".
L'ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal a exhorté ses électeurs, jeunes et classes populaires, à revenir vers les urnes "pour la République, la France, la justice sociale".
"Allons-y, mobilisons-nous, il nous reste encore quelques jours pour faire un beau vote", a lancé la secrétaire nationale du Parti communiste, Marie-George Buffet.
"Il y a une démoralisation électorale qui a joué", a jugé pour sa part le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, Olivier Besancenot, qui a invité à faire "barrage" à la droite.
Les Verts appellent à voter au second tour pour le candidat de gauche le mieux placé mais ne promettent pas de "désistement systématique".
"On n'arrivera pas réellement à empêcher une vague bleue, on peut en revanche empêcher un tsunami bleu", a dit Dominique Voynet.
François Bayrou a mis en garde contre "un déséquilibre terriblement marqué" à l'Assemblée que "la France regrettera".
Le président du MoDem est en ballottage favorable avec 24,56% des inscrits (37,25% des suffrages exprimés) dans la 2e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, où les candidats UMP et PS sont en mesure de se maintenir au second tour.
Le député-maire socialiste d'Evry (Essonne) Manuel Valls a appelé les électeurs de François Bayrou à faire le choix de la diversité en votant à gauche au second tour.
Quant à Jean-Marie Le Pen, il a prédit que Nicolas Sarkozy "l'illusionniste" descendrait "de scène à un moment donné". Le dirigeant du FN place ses espoirs dans sa fille Marine, deuxième dans la 14e circonscription du Pas-de-Calais derrière le candidat socialiste Albert Facon.
A L'UMP, il devrait y avoir de la place pour toutes les ambitions. Pour remplacer Nicolas Sarkozy à la tête du parti, Jean-Pierre Raffarin, à qui le président de la République avait confié une mission, propose une direction collégiale de 6 ou 9 membres. L'ancien premier ministre a rendu sa copie. Elle figure depuis jeudi 24 mai sur son blog, "le carnet de Jean-Pierre Raffarin", et elle devrait être publiée sur le site de l'UMP ce week-end.
Au départ, l'idée était de ne pas faire d'ombre au nouveau président de la République : l'élection par les 330 000 adhérents d'un nouveau chef risquait de faire émerger, à terme, un rival potentiel. Jean-Pierre Raffarin a donc trouvé la formule : "Le leader naturel de l'UMP est Nicolas Sarkozy, une autre personnalité dans le parti ne saurait avoir une légitimité égale à la sienne." Exit donc les statuts qui avaient permis à M. Sarkozy de s'imposer à ses rivaux en novembre 2004.
REMPLIR L'ORGANIGRAMME
M. Raffarin propose d'y substituer une présidence collégiale et bicéphale : un président et deux vice-présidents pour "gérer les relations avec les partis de la majorité présidentielle (...), arbitrer les conflits (...), inventer de nouveaux mécanismes de participation démocratique" ; et un secrétariat général et deux secrétaires généraux adjoints pour "assurer la vie quotidienne (...), le fonctionnement des fédérations (...), préparer les échéances électorales de 2008 (municipales) et 2010 (régionales)."
Pourraient s'ajouter à cette direction collégiale deux porte-parole et un trésorier. Ces nouveaux statuts, ainsi que la composition de l'équipe collégiale, seront soumis dans les prochaines semaines à un bureau politique, puis au conseil national. Les militants devront se contenter "d'un vote de confiance sur le programme de la nouvelle direction".
Reste à remplir l'organigramme. Jean-Pierre Raffarin, qui ne souhaite pas assumer l'organisation quotidienne du parti, se verrait bien président. Mais il n'est pas sûr que Patrick Devedjian, à qui Nicolas Sarkozy a promis la "direction" du parti, se contentera du secrétariat général dans la future architecture.